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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 18:04
Elle le clame sur les plateaux américains et européens depuis plusieurs semaines, son son est neuf, son approche musicale différente, et le répertoire rafraîchi avec la crème des auteurs à la mode avec, entre autres, l’australienne Sia en tête de liste. Six ans après l’excellent Taking chances aux accents pop-rock en 2007, Céline Dion est de retour dans la langue de Shakespeare. Un retour pour le moins attendu. En effet, l’album qui ne devait contenir qu’une petite poignée d’inédits au milieu de nombreuses reprises avant que le projet ne soit, heureusement, redéfini autours de nouvelles collaborations a été reporté plus d’une fois. Annoncé pour fin 2011, puis fin 2012 dans la foulée de son excellent album français  Sans attendre, ce n’est finalement que le 4 novembre 2013 que ce nouvel opus intitulé  Loved me back to life a pointé son nez dans les bacs français. Et visiblement, même si l’attente a été très longue, elle semble avoir payé. Céline Dion fait son retour par la grande porte et prouve dans cet album aux légers accents R’n’B qu’elle n’a rien à envier à la jeune concurrence et que sa voix peut se glisser dans tous les styles.
 

 
 
La diva réussit son retour en réalisant une prouesse : séduire ses fidèles tout en aguichant un nouveau public, plus jeune. L’opus est très varié, Céline Dion se posant fièrement en chanteuse de variété, au sens noble du terme, avec une voix excellente qui, à 45 ans, peut se balader dans tous les genres. On retrouve ainsi des teintes de R’n’B, de soul, de jazz qui ponctuent un puzzle musical d’une richesse jouissive. La star se permet de se risquer à de nouvelles aventures musicales, mais sans choquer pour autant. Six après, elle se devait de frapper fort avec cette nouvelle galette, et là, c’est un coup de maître.
   
La première partie de l’opus est particulièrement accrocheuse et efficace. On y retrouve une diva au sommet de son art allant chercher des notes divines, montrant la variété incroyable de sa palette vocale mais sans toutefois jouer à la chanteuse. Car au-delà de la prouesse vocale, on retrouve l’interprète qui nous parle encore d’amour, bien évidemment. Mais ceux qui pensaient que la star avait fait le tour et que ce thème était éculé se trompent lourdement. Ces nouvelles collaborations lui permettent de trouver un nouveau souffle et de trouver la balance entre modernité et puissance vocale.
   
Loved me back to life, le premier titre de l’opus signé par celle qui avait déjà collaboré avec les plus grandes stars actuelles, à l’image de David Guetta, Rihanna, Christina Aguilera ou encore Beyonce, Sia, reflète bien cette dualité. Entre sonorités R’n’b, un beat dance et un refrain entêtant, cette balade mid-tempo au final vocal explosif, a tout d’un hit parfait, calibré pour la voix de Céline mais aussi plus dans l’ère du temps que les précédentes productions de la diva. Pour la chanteuse, qui a eu un véritable coup de cœur pour cette chanson, ce titre raconte l’histoire d’une femme dans le coma qui revient à la vie grâce à l’amour de ses proches. La star s’accorde plus de modernité dans le son mais ne s’éloigne pas vraiment de ses valeurs. Le titre s’avère très addictif.
   
La seconde piste  Somebody loves somebody est un titre très rythmé qui permet à la chanteuse de se servir d’une grande partie de sa tessiture en démarrant de très bas pour terminer dans des envolées vocales presque lyriques qui arrivent à donner le frisson dans un titre calibré pour les dancefloors. La chanson démarre de façon très intimiste avec un certain côté vintage puisqu’on semble entendre le disque tourner sur la platine puis le refrain nous invite à nous déhancher sur des rythmes plus actuels pour se clore sur la voix intemporelle parfaite de la diva. Vocalement, on semble ne pas pouvoir monter plus haut. Cette superproduction signée Audra Mae et Play Production, a un temps été pressentie pour faire office de second single. La star l’avait notamment interprétée sur plusieurs plateaux de télévision américaine, en live. Il fait partie des morceaux les plus surprenants et les plus efficaces de l’album.
   
Mais c’est le duo avec le chanteur de R’n’B Ne-Yo qui devrait, au final faire office de second single à l’international, Incredible. Le fruit de cette collaboration surprenante, bien que le chanteur ait déjà collaboré à Taking chances en 2007, était sans doute le morceau le plus attendu de ce nouvel opus. Et contre toute attente, la rencontre de ces deux talents donne un titre très agréable à écouter et ne tombe pas dans le ridicule. Si la collaboration est une vraie réussite, Ne-Yo n’utilise la diva qu’à 50% et ce duo sympathique ne provoque pas l’éclat auquel on aurait pu s’attendre à cause d’un titre manquant de surprise et de musicalité dans son instrumentation notamment. Cette balade pop R’n’B suave reste très agréable à écouter, la rencontre des deux voix fonctionnant à merveille, mais est peut-être un peu prévisible et manque de mordant. Lors de l’enregistrement du titre co-écrit par le chanteur, la diva a donné une vision très sportive de la chanson qu’elle imaginerait bien figurer pour illustrer une finale des Jeux Olympliques. Le thème de la chanson, le dépassement de soi, mais aussi la trace que l’on veut laisser de soi sur la terre, thème nouveau dans le répertoire de la star, correspond en effet très bien aux valeurs véhiculées par le sport. Très impliquée dans le processus artistique, la chanteuse s’est mise au service de la chanson en demandant à son nouvel acolyte de lui donner des conseils sur la prononciation afin d’obtenir une certaine symbiose, une certaine unité entre les deux voix. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à ce niveau là c’est réussi.
   
Water and flame, qui devait initialement être le titre de l’opus avant que la chanteuse ne jette son dévolu sur Loved me back to life, est le premier titre plus classique de l’opus. Produit par Eg White, c’est ici que l’influence du succès d’Adèle commence à se faire sentir sur le nouvel opus de Céline Dion. On sort des influences R’n’B pour retrouver un titre avec des cordes très présentes et une orchestration qui vient sublimer la voix vulnérable de l’interprète. Ce titre est une reprise d’une chanson co-écrite par le chanteur australien Daniel Merriweather, qu’il interprétait en duo avec Adele en 2009. L’interprète de Pour que tu m’aimes encore a littéralement craqué pour ce véritable hit qui était à l’époque passé inaperçu. Pour la première fois, la chanteuse se montre moins dans la performance et démarre sa chanson de façon très intimiste, la voix nouée, dans la gorge. Dans ce titre, les effets et la reverb sont minimes, la voix est brute. Néanmoins, la voix se réveille et s’énerve dans des envolées aux teintes bluesy et jazzy. La star chante avec puissance mais conserve une voix légèrement éraillée, qui se démarque de la virtuosité de l’accompagnement musical. Dans ce titre où la chanteuse joue à la femme qui a trop bu et qui ne se souvient plus du nom de l’homme avec qui elle a dormi, la voix de la star, malgré ce jeu de rôle assumé et parfaitement exécuté, dévoile des aspérités qui jusqu’ici n’avait pas été mis en avant. Cette proximité vocale, sans artifice rendent à ces envolées lyriques mais rugueuses, une certaine soul encore plus émouvante que dans des titres classiques. En live, ce titre est un véritable bijou. En s’inspirant d’Adele, sans jamais chercher à l’imiter, après trente ans de carrière, Céline Dion atteint de nouveaux sommets.
   
Breakaway, cinquième titre de l’opus, splendide balade sur fond de rupture sentimentale, servira de second single en France et en Angleterre. Un très bon choix. Le registre est très différent du titre précédent, cette balade puissante reposant sur une puissance vocale hors norme. C’est véritablement un titre de performance mais qui balade la chanteuse à travers les recoins les plus sombres des chansons d’amour. Mettre fin à une relation est toujours difficile, chante la diva comme rarement. C’est un thème assez neuf pour Céline. Elle nous balade de façon divine dans ce titre déchirant au refrain percutant et aux montagnes vocales toujours de plus en plus hautes. Avec émotion, elle va toujours plus haut et surprend sans jamais chuter mais on entend la bataille. C’est simple, on semble voir des larmes ruisseler sur le visage de la chanteuse à la première écoute de la chanson. Le talent d’interprète de Céline Dion semble se bonifier d’années en années. Elle semble tiraillée de tous les côtés par des sentiments contradictoires qui pourraient la mener à rompre. Elle nous emmène dans sa sombre histoire, dont il semble difficile de sortir tant la voix est envoûtante. A cela s’ajoute une orchestration royale mêlant habilement piano et cordes. Une recette classique mais très payante. Cette reprise de Ivy Quainoo, qui n’est pas sans rappeler l’approche musicale d’Evanescence, est l’un des titres les plus percutants de l’album et pourrait devenir, malgré sa tessiture très ambitieuse, un nouveau classique de la diva.
   
Save your soul, plus dansant et au phrasé saccadé retourne aux sons synthétiques. Ce titre est très agréable à écouter, et permet d’apporter un côté solaire plus léger que les titres précédents. C’est le petit bonbon acidulé de l’album. On peut s’en passer mais l’écouter est quand même très agréable et apaise.
   
 S’en suit Didn’t know love, une autre production d’Eg White où la chanteuse alterne entre des couplets très bas et des refrains plus hauts mais interprétés dans un filet de voix. En fait, la chanteuse se montre encore plus vulnérable que dans Water and flame. Le titre ressemble à une simple confession douce mais qui réussit à ne pas être ennuyante grâce à un rythme complexe mais libre, habile et surprenant. La voix semble se briser par moments, comme voilée. Cette chanson est un cri d’une douceur extrême et très élégante mais qui ne manque pas de rythme. C’est une des belles surprises de ce nouvel opus. La collaboration avec Eg White a été très fructueuse. Peut-on se mettre à rêver à un futur album intime avec uniquement ce collaborateur d’Adele ?
   
Sur Thank you, la voix de la chanteuse se balade, peut-être un peu trop. Cette chanson co-écrite par Ne-Yo permet à la chanteuse d’offrir quelques jolies vocalises dont les fans sont friands. Néanmoins, l’ensemble est trop répétitif et sans relief. Hormis s’il est chanté en fin de concert, comme remerciement des fans, ce titre comporte peu d’intérêt et n’est pas à la hauteur de son interprète.
   
La vraie bonne surprise de ce nouvel album dans la langue de Shakespeare est Thankful. Ce titre soul, très loin des titres R’n’B du début de l’album est un bijou. C’est sans doute le titre le plus abouti, le plus riche et le plus musical de l’album. Assez classique, le titre laisse place à toutes les possibilités de la chanteuse. Il démarre piano/voix dans un couplet assez bas où la chanteuse utilise ses aspérités vocales et s’envole dans le refrain plus orchestré. Il semble qu’Adele n’ait pas été la seule inspiration de Céline sur ce nouvel opus. Il y a du Aretha Franklin dans son interprétation de ce titre magistral qui semble tout droit sorti d’un vinyle des années 70. Le moment le plus surprenant est sans doute la reprise, juste avant le refrain. La voix semble s’envoler et littéralement toucher les étoiles. Dans ce morceau de soul, Céline déshumanise sa voix le temps d’un instant comme s’il on était en contact avec un extra-terrestre ou le ciel, avec un aigu très filé, pour ensuite mieux revenir sur terre accompagnée par une chorale gospel, support habile utilisé à bon escient, qui lui permet d’aller encore plus loin. Un vrai morceau de musicienne.
   
Dans Always be your girl, la chanteuse s’adresse à ses enfants dans un piano/voix très organique et émouvant, mais qui manque un peu d’originalité. Très classique, mais agréable à écouter en fin d’album et ne manquant pas de magie, ce titre aurait très bien pu paraître il y a plus de dix ans dans A new day has come.
Sur Unfinished songs, Céline Dion retrouve une ancienne collaboratrice, Diane Warren. Seulement, celle qui avait écrit deux grands tubes pour la Québécoise comme Love can move mountains ou Because you loved me ne réussit pas vraiment à réitérer l’exploit. Unfinished songs était une très belle chanson pour la bande originale du film Song for Marion qui racontait l’histoire d’un homme âgé qui accepte de s’inscrire à la chorale pour rendre hommage à sa femme disparue. Néanmoins, une fois dissociée du film et confrontée aux superproductions plus actuelles de Sia, Ne-Yo et Eg White, le titre semble perdre de son intérêt. Les chœurs et la réorchestration, plus synthétique dans ce titre assez classique, pour la version de l’album n’arrange rien. Reste la voix impeccable de la chanteuse.
   
Si les titres inédits ont chacun leur raison d’être sur cet opus et s’avèrent pour la grande majorité très réussis, les reprises issues du nouveau spectacle que la star donne à Las Vegas depuis 2011 n’ont pas grand-chose à faire ici. Pire, elles semblent affaiblir l’ensemble. Non pas qu’elles soient mauvaises, loin de là, mais l’intérêt de présenter quatre reprises sur la version Deluxe quand les fans attendent cet opus depuis six ans semble mince.
   
D’autant plus que plutôt que de présenter des enregistrements des versions live ou du moins de l’orchestration du spectacle de Las Vegas qui cartonne avec 31 musiciens sur scène, la chanteuse et son équipe ont préféré enregistrer de nouvelles versions de ces reprises. Résultat : on ne retrouve pas en studio la magie du live. Chercher à ajouter des petites touches R’n’B à ces reprises ne semble pas toujours approprié et on sent que la star cherche à se renouveler en apportant des nouveautés dans son interprétation mais perd en route la spontanéité du live. Les versions studios de At seventeen, Overjoyed (en duo avec Stevie Wonder) et How do you keep the music playing restent néanmoins agréables à écouter. Seule la très émouvante reprise finale de Billy Joel, Lullabye (Goodnight, my angel) réussit à se démarquer, notamment grâce à un pont musical très efficace grâce un orgue nous transportant de façon divine dans un tourbillon émotionnel impressionnant repris par la douceur de la voix de la diva mais aussi, et surtout ici, de la maman.
   
Il y a un an la star de Las Vegas livrait Sans attendre, un album en français très intime, à contrepied de toutes les modes de la musique actuelle et réussissait à séduire 1,5 million de fans. C’est l’une des seules artistes à avoir deux carrières : une en français et une en anglais, dans des styles bien différents, tout en restant toujours sincère. Et pour séduire à l’international, cette fois, elle arrive à se faire une place dans un registre plus moderne, tout en restant elle-même. Céline Dion réussit son come-back en anglais avec un album très varié mais aussi son entrée dans un registre plus R’n’B qu’à l’accoutumée. Elle rappelle qu’elle est l’une des plus grandes chanteuses au monde et se paye le luxe de nouvelles collaborations très productives. Seule la présence de quelques reprises qui manquent d’éclat plombe un peu le dynamisme de ce nouveau disque. Mais on peut constater qu’aucun style ne semble lui résister. L’artiste réussit à faire une balance très habile entre tubes rythmés à l’accompagnement plus synthétique (Loved me back to life, Somebody loves somebody) et balades plus classiques efficaces (Water and a flame, Breakaway, Thankful) sans jamais décevoir. De quoi séduire vraiment tous les publics.  

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Published by celinemusic
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